mercredi 3 septembre 2008

Le petit peuple du bitume

Daran. Arbracam, 70022640655, Fusion III, 2007.

C'est quelques semaines après sa remarquable performance aux Francofolies de Montréal que j'ai eu l'occasion de mettre la main sur le dernier album de Daran. Et vraiment, je me suis privé d'un grand plaisir pendant trop longtemps.

Il y a quelques années, j'ai fait la découverte de Noir Désir. Je découvrais alors un groupe qui s'exprimait en français, et qui faisait un rock entraînant, assez pesant, et très crédible. Avec un côté sérieux aussi, qui me laissait croire que le groupe s'adresse à des adultes qui réfléchissent, et non seulement à des ados qui veulent casser la baraque.

Or, depuis certains événements, ces disques ont pris un goût amer - du moins pour moi. C'est comme ça, j'associe parfois la musique à des événements, et je crois que je ne suis pas le seul à le faire. Mais voilà, maintenant je crois que cette case vide vient d'être comblée.

Car Daran ne fait certainement pas dans la facilité. Intense, poétique, intelligent et mature. Avec un côté diva dans la voix (désolé, je ne trouve pas de meilleur mot) qui fait que j'ai les yeux plein d'eau par moments.

Dénonçant au passage quelques futilités (la télé, les galas, la beauté convenue), Daran nous ramène à l'essentiel. Comme s'il nous disait que la vie de ce peuple, même si elle est dure, peut être belle. Car sa musique combine ces deux aspects, de beau et de rugueux. La combinaison guitare-basse-batterie, des rythmes très simples, réussissent à produire de la beauté, à émouvoir davantage que bien des balades agrémentées de violons.

mercredi 20 août 2008

L'automne à vue de nez

Ce qui risque de me tenir occupé ces prochaines semaines:


- Thomas Fersen et Catherine Durand (tous deux le 9 septembre).

- Calexico, Joan Baez (9 septembre itou).

- Metallica (12 septembre). À noter que les garçons ne font pas paraître leur disque un mardi comme tout le monde, mais bien un vendredi, juste pour nous mélanger. Et est-ce moi, ou Death Magnetic me titille la grammaire?

- Les Cowboys Fringants (23 septembre).

- Mes Aïeux (7 octobre). Attention aux allergiques: le site est en Flash.

- Et un peu plus tard, ça a l'air que Daniel Boucher aussi.

Et comme on disait quand j'étais un étudiant en grève: ce n'est qu'un début, continuons à lire le journal.

Les Oreilles En Chou-fleur

C'est le nom d'un nouveau blog, qui nous permet de découvrir les propos intéressants d'un certain Jean-Philippe Villemure. Je sens que ce gars va me donner deux cours dont j'ai vitalement besoin: cuisine et conception sonore (mastering, enregistrement, mixage, production, etc.).

Via Bande à part.

jeudi 7 août 2008

Radiohead

Voici quelques souvenirs du concert de Radiohead, au Parc Jean-Drapeau, le 6 août 2008.

  • La performance du groupe était vraiment remarquable. D'où j'étais, le son était vraiment très clair, sans la moindre distorsion. On pouvait donc entendre tous les détails des arrangements, et tous les changements apportés par rapport aux versions studio. L'interprétation était vraiment une réussite sur toute la ligne.

  • Malgré sa clarté, j'ai eu certains problèmes avec le son. Il m'a semblé qu'il passait en alternance du grave à l'aigu, un peu comme lorsqu'on ouvre et ferme ses mains devant un haut-parleur. Peut-être que tous n'ont pas eu ce problème, mais de la colline, c'est ce que j'ai entendu.

  • Nude: vraiment, de très beaux éclairages, et la performance vocale de Yorke était à la hauteur de cette magnifique pièce. On se serait cru dans une salle de bal.

  • Weird Fishes/ Arpeggi: ma préférée sur In Rainbows, et celle qui m'a fait pleurer hier soir. Par sa beauté, et son exécution à la hauteur de mes attentes.

  • The Gloaming: à l'entendre, je me suis rappelé ce que j'avais lu quelques jours avant sur Pitchfork: c'est vrai que cette pièce est encore meilleure live que sur disque. La fin était d'ailleurs complètement déconstruite, un bel exemple des recherches des dernières années.

  • The National Anthem a été précédé de quelques secondes d'une ligne ouverte radiophonique bien de chez nous. Un peu comme sur la version entendue sur I might be Wrong. L'effet était très intéressant et la version, puissante.

  • Hier soir, à quelques centaines de mètres de la scène, avait lieu le dernier feu d'artifices de l'année à Montréal. Est-il besoin de préciser que tout ne correspondait pas nécessairement à la mise en scène prévue par le groupe? Mais ça donne du bon divertissement, comme Thom qui se met à parler de “fireworks and duplicate/ dead from the neck up” sur Faust Arp. Ou encore mieux, ces mêmes feux d'artifices qui se terminent une seconde avant que 32 000 personnes entonnent le fameux “this is what you get” de Karma Police. Des moments comme ça, ça vaut le prix du billet.

Ma setlist est dans un désordre quasi-total, mais je crois que tous les titres y sont. Tous les commentaires sont les bienvenus.

15 steps
Nude
All I Need
There There
Weird Fishes/ Arpeggi
Morning Bell
The Gloaming
Fake Plastic Trees
Reckoner
My Iron Lung
Like Spinning Plates
Jigsaw Falling into Place
House of Cards
The National Anthem
Optimistic
Bodysnatchers
You and Whose Army?
Paranoid Android
Lucky
Idiotheque
Videotape
Faust Arp
Karma Police
Bangers & Mash
Everything in its Right Place

mercredi 2 juillet 2008

Finale des Francos

On commence par la fin... Le Devoir d'aujourd'hui annonce que Alexandre Désilets, Gatineau, Karkwa et Malajube clôtureront le festival, le 3 août prochain. Deux groupes au succès mérité, et deux autres noms très prometteurs: on pourrait difficilement imaginer un choix plus pertinent et plus agréable. Surtout que quelques jours à peine après avoir vu Gatineau se défoncer au parc Molson, je gigote sur place à les imaginer là où Bran Van 3000 viennent de mettre le feu.

Vous savez où me trouver ce soir-là.

mardi 10 juin 2008

Anecdote

La fin de semaine dernière, je me trouvais dans un grand magasin du centre-ville de Montréal. Au moment d'enlever mes écouteurs pour tenter d'attraper un vendeur, j'entends une chanson de Claude Dubois. Comme d'habitude, ça a un effet pas très intéressant sur mes émotions. Disons que ça me stresse un peu d'entendre ça.

Au moment où je me dis que la prochaine sera sans doute pire, et que je n'ai qu'à me faire à cette muzak, une chanson (oui, cette chanson-là) de Malajube se met à jouer.

Depuis, je crois avoir perdu contact avec la réalité.

lundi 19 mai 2008

Bleu pétrole

Alain Bashung. Barclay/ Universal, 5305929, DEP, 2008.

Il m'est assez difficile de trouver une façon cohérente de parler de ce disque. Ça fait un moment que j'essaie, et là, je me lance. Le disque est cohérent dans le son, dans l'ambiance, mais ses thèmes sont si opaques qu'ils sont difficiles à cerner, et leur effet est si grand qu'on ne veut le minimiser. De toute façon, l'éblouissement et la lucidité ne sont pas synonymes, alors bon.

Deux caractéristiques importantes de ce disque sont ses réalisateurs: Marc Plati et Gaëtan Roussel. Le premier a produit le dernier disque des Rita Mitsouko, le dernier (quelconque) Anik Jean, et a également travaillé sur la plupart des disques de David Bowie des dix dernières années. Et disons que c'est en plein là-dedans qu'on se situe au niveau du son. Quelque chose de très propre, à la limite de l'impersonnel, mais avec une bonne puissance qui prend aux tripes à l'occasion. Les nombreuses guitares, banjo et autres lap steel donnent aussi à l'album une certaine couleur nord-américaine.

Gaëtan Roussel a, de son côté, participé à l'écriture de six des onze pièces, et c'est là qu'on sent la présence du chanteur de Louise Attaque. Si les chansons de Gérard Manset peuvent être lourdes dans leur splendeur, celles de Roussel (dont Hier à Sousse et Sur un trapèze, mes préférées et certainement les deux plus entraînantes du disque) amènent un peu d'air frais. Parce que, disons-le, Bashung n'est pas toujours facile à digérer.

Le gars a vraiment un charisme immense. Même sans le voir, on est complètement hypnotisé par sa voix. Plus qu'un chanteur, au sens de personne capable de produire des mélodies avec sa voix, il est un grand passeur d'émotion, un communicateur, une courroie de transmission. En fait, je pense parfois à son travail comme à celui des poètes grecs. Bashung est, au fond, un orateur, quelqu'un qui se sert de la parole pour transmettre un texte – et quels textes dans ce cas-ci!

Malgré mon admiration, je trouve que le disque se serait passé de Je tuerai la pianiste. Son rythme insistant et ses images poétiques violentes ou inintéressantes (où un européen se compare à un apache... ) donnent fortement envie de sauter à la prochaine piste. Comme quoi tout le monde peut se tromper.

Il reste que Bleu pétrole est un grand et beau disque. Des chansons qu'on écoute des dizaines de fois avant d'en faire le tour. Et, détail qui peut paraître futile mais auquel je tiens, ces pièces sont placées dans un ordre qui les avantage sérieusement. Toute fonction random ou son équivalent devrait être laissée de côté.

Bref, souhaitons-lui bon rétablissement (ces images sont tristes à voir, mais j'ai cru que vous voudriez savoir comment il va), et qu'il ne prenne pas six ans avant de sortir un autre disque. Il y a déjà trop peu de gens comme lui.