jeudi 7 mai 2009

Changer de perspective

Comment se fait-il que j'aie toujours l'impression qu'il est impossible d'écrire sur un artiste que je connais peu? Quel est l'angle d'approche qui me permettrait d'en parler (même) dans ces circonstances? On a souvent l'impression que les articles de musique sont écrits par des gens de l'entourage du groupe, tellement il y a de détails. Ces détails concernent généralement le contexte de formation et d'émergence du groupe, ou encore le moment où l'artiste solo s'est engagé sur le chemin de la création.

Voici un exemple au hasard. Je commence à écrire ce texte le soir du 6 mai. Le matin du 7 mai, je trouve sur Pitchfork la critique du dernier disque de Akron/Family. En voici la première phrase: "Like Parliament or Red Krayola before them, Akron/Family's career path is so varied and unexpected it's silly to expect their albums to represent growth or progression."

Je me demande en fait s'il faut être (ou se mettre en position d') un fan de la première heure pour pouvoir parler intelligemment d'une oeuvre. Je viens d'écouter I Can Wonder What You Did With Your Day, Xième album de Julie Doiron (ex-Eric's Trip). C'est la première fois que j'ai l'occasion et l'envie d'écouter un disque de cette artiste. Suis-je un cancre, en retard dans les nouvelles? Devrais-je garder le silence, écouter toute sa discographie et celles de ses collaborateurs, avant de m'exprimer sur le sujet?

Plus essentiellement, je crois que je suis en train de me demander: "Est-ce que tout est dans le contexte?" Et "Est-ce que le contexte est forcément celui du créateur?" J'ai pris une habitude mentale, je crois, qui est celle de comprendre les productions musicales populaires (les disques) dans leur ordre de parution, en tentant de me mettre dans la peau de l'artiste, en essayant de comprendre ce à quoi il aspire par sa création, où il en est rendu dans sa démarche.

Je pense qu'il est temps de me remettre un peu plus à ma place, c'est-à-dire celle de l'auditeur. Celui qui connaît mieux Autechre, Neutral Milk Hotel et Karkwa que les Beatles, Aznavour, Brel ou Dylan. Celui qui est rendu là, et qui a encore tout ça à découvrir - ou pas.

Je passe mes journées à faire découvrir des artistes aux gens. Ces derniers temps, j'arrive à faire découvrir Nick Drake à des baby-boomers. Et forcément, ils commencent par le dernier album, le meilleur, 37 ans après sa parution. Ces gens n'ont aucune idée du contexte de l'époque, ne savent pas que le gars a fait 2 autres disques et qu'il est mort peu de temps après avoir enregistré celui-ci. Ils écoutent, ils aiment et ils achètent. Ils emmènent le disque chez eux, et ils trippent.

Voilà à quoi ressemble l'expérience musicale réelle, telle qu'elle se vit au quotidien. J'aimerais m'en rapprocher. Passer moins de temps à comprendre l'artiste et sa démarche, pour m'intéresser davantage à ce qui se passe de mon côté. De toute façon, il n'y a que mon expérience que je puisse observer avec une certaine acuité.

lundi 23 mars 2009

Heady Metal

En fouinant je ne sais plus où, je suis tombé sur cet article très intéressant sur le site du New York Times. Le groupe Sunn O))) (prononcer ce nom comme le mot anglais sun) est le sujet principal, mais on ratisse assez large. J'ai appris que Greg Anderson, un des membres du duo complété par Stephen O'Malley, était un grand fan de Stevie Wonder, et de la mélodie en général. Chose très intéressante, lorsqu'on considère l'aspect très monolithique de la musique du groupe.

La description de cette musique tient du défi. Énonçons plutôt quelques faits évocateurs:

- Le duo emploie souvent deux guitares électriques (fortement distortionnées et amplifiées) comme seuls instruments.

- Ils invitent à l'occasion des chanteurs. Pour leur album Black One, ils ont eu la chouette idée d'enfermer le sympathique Malefic dans un cercueil, et d'enregistrer sa voix dans ces conditions. On peut entendre le résultat ici, et effectivement, ça n'a rien de rassurant.

- Même si tout le monde ces derniers temps, de Dumas à Morrissey, demande que l'on écoute des disques à plein volume, selon moi, l'exigence est des plus adéquates chez Sunn O))).

- Les rythmes lents sont aussi une des principales composantes de cette musique. En l'écoutant, pensez à du chant grégorien fâché.

- D'autres excellentes pièces sont ici et .

Bref, même si le metal ne vous inspire pas, l'article vaut vraiment les 20 minutes nécessaires à le lire. Rarement un article sur un courant musical fait-il le tour de la question d'une façon aussi complète et fouillée. Avec de vraies qualités littéraires, en plus.

En tout cas, lisez ça, ça vous instruira.

samedi 14 mars 2009

Alain Bashung (1947-2009)

La nouvelle est tombée ce soir.

Que dire, alors que j'ai déjà souligné tout le respect que j'ai pour cet artiste?

Peut-être simplement vous inviter à nouveau à découvrir son œuvre, si ce n'est déjà fait. C'est absurde, cette façon dont on semble souvent attendre le décès des gens avant de les découvrir. Mais c'est ce qui nous reste, alors autant en profiter.

mercredi 11 mars 2009

Mauvaises nouvelles

Après la faillite, puis la fermeture définitive du géant Fusion III, voici qu'on annonce de graves difficultés chez DEP.

Les déboires de l'industrie du disque étaient prévus depuis quelques années - depuis l'arrivée du numérique, en fait. Mais aujourd'hui, ces problèmes commencent à apparaître à l'œil nu.

Rien de rassurant.

dimanche 8 mars 2009

C'est de la critique, ça, non?

"Arvo Part has put his finger on something that is almost impossible to put into words – something to do with the power of music to obliterate the rigidities of space and time. One after the other, his chords silence the noise of the self, binding the mind to an eternal present."
--Alex Ross, The New Yorker

mercredi 25 février 2009

Le Spectrum a-t-il été démoli pour rien?

Une question qui fait mal.

Elle était pourtant écrite à la une du Devoir ce matin. Je sais pas pour vous, m'ai j'ai un peu l'impression de m'être fait avoir quelque part...

lundi 23 février 2009

Malajube au Petit Champlain.

C'est vraiment une très belle soirée que nous avons passée en compagnie de Malajube, pour le dernier de deux concerts au Théâtre du Petit Champlain, à Québec.

Je ne m'étais pas encore fait une opinion définitive de l'album Labyrinthes, sorti très récemment. Mais en concert, l'énergie de ces pièces atteint son but. La machine de Malajube est très bien huilée.

Il faut souligner tout d'abord l'impressionnant travail du batteur Francis Mineau. Ce gars est une machine. Il y a constamment quelque chose d'intéressant et d'inventif dans son jeu; il ne sert absolument jamais de métronome. Et son niveau d'énergie est complètement contagieux, particulièrement sur les nouvelles pièces comme Christobald ou les Collemboles.

Les autres membres du groupe, pour leur part, me semblent plus intéressant comme constructeurs de chansons que comme instrumentistes haute performance. Mais ceci dit, les pièces sont si riches et bien faites que je crois que tous les membres sont essentiels au groupe.

Même si certains parlaient d'une certaine imprécision dans le spectacle de Montréal, je n'ai rien vu de tel à Québec. Le spectacle m'a paru très bien rodé, hyper-tight, le groupe en pleine possession de ses moyens. Peut-être que le Robot Sexy était un peu moins intéressante que le reste, mais comme je suis moins familier avec le matériel du premier album, je me retiens de juger.

Puisque le disque est très récent, c'est en concert que j'ai pu prendre la mesure du nouveau matériel proposé. Plus que le côté progressif très souvent mentionné, c'est le traitement metal donné aux nouvelles pièces qui est venu me chercher. Qui m'a carrément pris aux tripes, en fait.

C'est mon idée personnelle: j'aime croire que le choix des sujets des chansons s'est fait avant de déterminer l'orientation musicale - que c'est le fait d'aborder des thèmes comme la religion et la mortalité qui ont fait que l'utilisation de sonorités plus brutale allait de soi. En tout cas, ça marche dans ma tête.

Et encore plus dans mes oreilles. D'autant plus que les voix sont aussi délicates, voire frêles qu'avant. Le contraste fonctionne complètement: une douceur vocale qui contraste et s'équilibre avec l'intensité de la musique.

Mentionnons finalement une autre découverte: celle du Petit Champlain, une salle très intimiste, où l'on est très près des musiciens même à l'endroit le plus éloigné. Dommage que ce soit à 3 heures de route de chez moi.